Saïgon 1/2

Presque dix-huit heures d’avion, ça a de quoi vous calmer. C’est, en gros, faire une mauvaise nuit, entrecoupée de réveils, dans un siège peu confortable (classe économique oblige). Les films tournent en boucle, et sur une compagnie étrangère, on a intérêt à parler couramment anglais. Je commence par me plaindre, me reprocherez-vous, par dire que le voyage fut pénible, mais il le fut raisonnablement, bien heureusement. Pour aller à l’autre bout du monde, cela aurait pû être bien pire. Le personnel était souriant et prévenant ; quoi qu’on ne sache pas toujours ce qu’on a dégusté, ça n’était pas mauvais ; enfin, il n’y a pas eu trop de turbulences, et le trajet s’est bien déroulé.

 

La bonne idée, dont nous avons bénéficié sans l’avoir eue, c’est de faire le gros du trajet avec une grosse compagnie, de s’arrêter – dans notre exemple – à Hong Kong, et de prendre une ligne intérieure pour finir le trajet. Les avions sont moins gros, ils contiennent moins de monde, et à l’arrivée, le temps de déchargement et de vérification des papiers est plus court. C’est important à savoir quand on va dans un pays chaud, quand on a navigué toute la nuit : la fatigue et la soudaine chaleur s’allient pour vous donner envie de sortir le plus vite possible.

 

En sortant de l’aéroport, nous allons de surprises en surprises. Le nombre de gens qui attendent à l’extérieur est bien supérieur au nombre de voyageurs : sont-ils tous venus en famille ? Des pancartes attendent des passagers improbables (« Garry Cooper »), ou de superbes jeunes femmes en habit traditionnel, le « Ao Dai », brandissent le nom d’une chaîne d’hôtels renommée. Il y a des policiers et des militaires un peu partout, qui font semblant de surveiller, ou se surveillent mutuellement ; des gens accroupis qui vendent de tout sur les trottoirs ; des particuliers qui prennent en charge les touristes pour quelques dollars, passant sous le nez des taxis officiels…

Et la circulation ! Tout un poème, la circulation. La foule des deux-roues se rue sans vergogne entre les voitures, parfois à contre-courant ; les piétons traversent sans regarder, sans même se retourner quand les voitures klaxonnent ; les autos elle-mêmes se faufilent les unes entre les autres, forçant les scooters et les vélos à leur céder le chemin. C’est un miracle de chaque instant, quand tout ce monde – et il y en a ! – arrive à coexister, formant une dangereuse et tournoyante farandole. Les klaxons retentissent en permanence, ils rythment les déplacement ; quand on passe dans une rue où il y a moins de circulation, le soudain silence vous saute aux oreilles : les klaxons manquent à l’appel !

 

Et puis la ville ! Enfin, si nous pouvons parler de ville… J’aurais plutôt cherché à définir la vie organique propre des bâtiments, qui se montent les uns sur les autres, faisant se chevaucher les styles, les époques, les couleurs claires et criardes, les constructions chinoises, vietnamiennes, coloniales, modernes… On penserait avoir affaire à plusieurs villes se mangeant les unes les autres, cherchant sans cesse à prendre le plus d’espace possible aux autres.

L’insalubrité, elle aussi, y est criante : nombre de gens habitent de manière évidente dans des constructions non terminées, dans des murs en béton brut, sans plafonds, faisant sécher leur linge sur des fils électriques (inutilisés ?). Peuvent se côtoyer un immeuble récent, ou du moins entretenu, un hôtel trois étoiles, une construction coloniale abritant un institut de recherche ou un hôpital, séparés par des bidonvilles, des taudis incroyables. C’est évidemment l’avis d’un Européen qui découvre les lieux ; il va sans dire que nous n’avons sûrement pas la même notion de l’insalubrité que les gens qui habitent au quotidien ici…

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