Saigon 2/2

L’hôtel que nous avons choisi n’est pas facile à trouver. Logé au fond d’une ruelle, il présente bien, malgré l’étroitesse du passage. Celui-ci est encombré par un restaurant, qui a étalé ses toutes petites chaises de dinette sur la rue ; des scooters garés y trônent, rangés par paires le long du mur ; des habits sèchent sur des fils, en hauteur ; les habitants passent de leur salle-de-bain-cuisine directement dans la rue…

 

La vie y est incroyable : un chaos auto-généré, auto-régulé, où l’on se laisse guider par une mécanique des fluides instinctive. Pour traverser une rue, il suffit d’avancer, malgré le flux des voitures et des scooters : ils vous éviteront, vous arrosant copieusement de sons stridents au passage. Vous vous retrouverez de l’autre côté de la rue, sans avoir compris comment ; les autochtones traversent sans même se préocupper de qui arrive, ni à quelle vitesse…

 

Un exemple de ce qu’on ne verra jamais chez nous, est la propreté des rues. Le long des rues passent des hommes et des femmes munis d’un petit balai de feuilles, et ils ratissent en permanence la chaussée, balayant les mégots, les feuilles, les déchets divers. Je ne suis pas assez sûr de moi pour dire que tout le monde donne la main, mais le résultat est néanmoins là.

En somme, c’est une vie extrêmement différente de la nôtre, comme on peut le pressentir en se renseignant basiquement sur le Viêt Nam. Mais l’imaginer n’est pas suffisant, on ne s’en rend bien compte qu’à partir du moment où on se frotte à la réalité. Le fossé culturel, malgré nos histoires communes, est bien trop important, les chemins de raisonnement par trop différents, pour que nous puissions nous ressembler – est-ce trop important pour que nous puissions nous comprendre ?

 

Voilà les impressions qui sautent aux yeux, les premières réflexions à chaud. L’ensemble mérite d’être affiné, d’être creusé encore, d’être mis en question, d’être comparé au reste du Viêt Nam ; Saïgon, aussi belle soit-elle, n’est pas suffisante.

Quoique mon appareil photo ne m’ait pas quitté, je ne l’ai pas sorti. J’étais trop émerveillé, toute la journée, sans savoir où donner de la tête et des yeux, que j’aurais pris beaucoup trop de photos, sans forcément qu’elles aient un intérêt par elles-mêmes. Demain sera un autre jour, nous serons plus reposés, et le vernis du dépaysement total commencera à s’écailler ; les photos n’en perdront pas en spontanéité, mais elles y gagneront en maturité et en qualité.

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