Imaginez. Imaginez-vous assis. Vos genoux rentrent dans le siège qui est devant vous. L’air dehors et chaud et moite, vous transpirez. La climatisation est inexistante, l’air – à peu près – frais n’arrive que par les fenêtres ouvertes. Ce qui tombe bien, c’est que vous roulez à tombeau ouvert, donc que l’air, justement, arrive à rafraîchir la sueur qui perle sur votre front. Cette rosée salée, vous ne savez pas si elle vous vient de la chaleur locale (après tout, on finit bien par s’y habituer, non ?), ou de la conduite du chauffeur. Il faut bien dire qu’il a un peu tendance à rouler vite, très vite, trop vite ; en klaxonnant quand les scooters ne s’écartent pas assez vite ; en bloquant les roues si le scooter ne s’est pas du tout écarté ; en roulant à gauche ou sur la « bande d’arrêt d’urgence » pour doubler… Ce qui ne vous rassure pas du tout, c’est qu’à chaque arrêt, il embarque du monde, jusqu’à se retrouver à – environ – vingt-cinq dans un bus prévu pour quinze. Et le mieux, c’est quand on peut se dire qu’on est bientôt arrivé : après 4 longues heures, c’est une récompense incroyable, et méritée.
Autant vous dire que le trajet de Saigon à Da Lat fut long et pénible…
« La petite Paris », c’est ainsi qu’on surnomme Da Lat, ici. A dire le vrai, c’est un peu exagéré : on n’y trouve qu’un « vrai » Moulin Rouge : un gros moulin rouge qui surplombe un cabaret, ou une boîte à spectacles. Leur « tour Eiffel » locale n’est qu’une grosse antenne de transmissions radio, qui ressemble bien peu à la vraie.
Ville dans les hauts plateaux, c’est à dire à la frontière entre le sud et le centre, le temps y est plus clément : le soleil tape le matin, mais il pleut une heure entre 14 et 16 heures, et le soir, le fond de l’air peut être un peu frais. C’est d’ailleurs ce qui rend cette ville si agréable.
Le biologiste français Yersin s’est installé là en 1909, dans la campagne la plus rase (il n’y avait même pas une simple cahute quand il est arrivé) et a créé un laboratoire d’étude. L’activité se développant, la ville s’est étoffée : ça n’est donc pas tout à fait une vieille ville typique du Viêt Nam. Les bâtiments sont plus neufs, même s’ils sont construits dans le style vietnamien (maisons étroites et hautes, à cause des impôts qui se calculent par rapport à la surface au sol).
Ayant pour vocation première d’abriter un laboratoire d’études biologiques, la ville a gardé ce côté universitaire et de recherche : on y trouve un très grand lycée, qui enseigne entre autres choses, le Français. Y figurent un Institut Pasteur, sur lequel nous n’avons pas d’informations, mais qui doit faire de la recherche épidémiologique, j’imagine ; et un Centre de Recherche Nucléaires, que je ne me suis pas amusé à photographier…
Le climat y a vite été, cependant, son principal attrait, faisant de la ville un îlot de frais dans un monde chaud. Les villas se sont bâties – même dans le plus pur style anglo-normand, ce qui ne laisse pas de surprendre, ici. L’empereur Bao Dai y a fait construire son palais d’été, qui est toujours debout, figé dans le temps, entretenu par quelques petites mains de l’Etat, pour générer des revenus touristiques. On y trouve aussi, curiosité locale, la réalisation d’une artiste architecte du pays, qui a construit la « maison folle », un hôtel – galerie d’art inspiré du roman de Lewis Carroll, « Alice au pays des merveilles ». C’est une maison tordue, avec des chambres en forme de caverne, qu’on aurait pu jurer tout droit sortie de l’imagination de Salvador Dali. La cathédrale, défraichie et délavée, a par ses couleurs pastels qui s’effacent doucement, un doux air colonial un peu oublié. Les pagodes y sont nombreuses, comme partout ailleurs ici, et bien entretenues.
La particularité du climat local, par rapport au reste du pays, fait de Da Lat la première ville maraîchère du pays, et même du sud-ouest asiatique. Elle exporte toutes sortes de fleurs, mais a aussi comme spécialité l’artichaut – dont on fait du thé, ici – ainsi que les fraises, grandement appréciées en confiture. Nous n’avons pas pu apprendre la provenance des cépages, mais le vin local, réputé dans tout le Viêt Nam, ressemble à un Merlot, un bon vin de table. Le café, lui aussi connu nationalement, y est excellent : il a naturellement un petit arrière-goût de chocolat, ce qui le rend unique – et m’amène à me demander pourquoi est-ce qu’on ne connaît pas le café vietnamien en France…
En somme, nous y avons passé quelques bons jours, à la fraîche, avant de nous replonger dans un air plus maritime, moite et chaud.
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